Resolute Woman

Un peu de moi (en fait, beaucoup de moi)

mercredi 25 mars 2009

Princesse

La nuit, quand rien ne bouge, que tu n’entends que le souffle du vent à travers la fenêtre, tu penses à sa peau, à ses mains qui remontent le long de sa nuque pour attacher ses cheveux. Elle ne te regarde pas, elle sourit en te racontant un souvenir, sourit en regardant le ciel. Elle illumine son visage et illumine ta vie. Elle te parle mais tu ne l’écoutes pas, tu ne fais que la regarder. Tu pourrais l’observer ainsi pendant des heures, la détailler, la scruter, l’examiner. Tu ne saurais pourtant rien de plus.

Tu pourrais tout lui donner, tu pourrais la laisser t’attraper. Elle seule pourrait te tenir au creux de sa main. Tu t’abandonnerais à elle comme tu aimerais qu’elle s’abandonne à toi. Tu veux qu’elle t’embrasse, tu veux qu’elle se réfugie dans tes bras, qu’elle se laisse transporter par ton parfum. Tu la désires comme jamais tu n’as désiré auparavant. Tu ne désires pas que son corps, tu la veux toute entière. Tu veux parcourir avec elle des routes que tu ne connais pas, partir vers l’inconnu. Elle serait ta seule boussole.

Ses douces joues, ses hautes pommettes t’attirent irrésistiblement. Tu as besoin de les embrasser, tu as besoin de les avoir pour toi. Elle te permet de la toucher là, mais tu es encore loin de l’avoir apprivoisée. Elle te laisse lui donner du plaisir, elle t’autorise à l’effleurer. Tu tâtonnes, tu hésites, mais elle ne dit rien quand tu t’allonges sur elle. Tu es d’une minutieuse douceur, parce qu’elle pourrait s’envoler comme un oiseau apeuré.

Ses longs cheveux caressent ta poitrine, tes cuisses. Elle ressemble à une poupée espiègle. Ses yeux brillent. Elle cache tant de choses que tu aimerais découvrir. Tu te languis de percer ses secrets et de connaître la façon dont tu pourrais l’atteindre en plein cœur. Elle n’offre pas son âme si facilement. Elle dissimule ses cicatrices et ses rêves. Tu voudrais tous les pénétrer.

Tu fonds devant son regard mutin, celui qu’elle fait semblant de cacher derrière le drap. Elle est encore nue dans le lit. Tu l’as contre toi toute la nuit. Sa chaleur te brûle et tu voudrais qu’elle te brûle encore davantage. A peine t’appartient-elle qu’elle part déjà. Elle ne te regarde pas dans les yeux, c’est ce qui te rend fou, fou d’elle. Elle s’échappe à chaque fois que tu essaies de la saisir.

Elle approche ses lèvres de ton oreille et chuchote des mots que tu seras le seul à connaître, qu’aucun autre ne pourra entendre. Ce sont de précieux trésors. Tu te laisses bercer par les vibrations de sa voix. Tu écoutes le son humide de sa langue, tu sens les frissons parcourir ton dos. Tu glisses tes doigts dans sa chevelure ébouriffée. Elle ferme les yeux pour ne pas te laisser deviner ses mystères. Tu sais qu’elle est déjà loin de toi.

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mardi 11 mars 2008

Who is Mister B. ?

Mister B. m'entoure de ses bras, il garde la tête bien droite, baisse les yeux pour me regarder de toute sa hauteur et me dit "Tu es toute petite".
Mister B. s'allonge sur le lit et me supplie avec un "Viens me faire un câlin" alors que je suis en train de faire à manger et que les pommes de terre collent à la poêle. 
Mister B. me demande de lui gratter le dos "plus bas, plus à gauche, plus fort, plus en bas, encore à gauche, un tout p'tit peu plus bas ..."
Mister B. prend son téléphone pour appeler ses parents et s'en va à 10 mètres pour ne pas que j'écoute ce qu'il raconte.
Mister B. regarde Plus belle la vie avec moi et ne peut s'empécher de faire des commentaires sur les personnages, comme ça j'entends pas la suite de l'histoire.
Mister B. ferme les yeux et chante du Michaël Jackson dans le métro alors que j'aime pas me faire remarquer.
Mister B. m'enlace tendrement quand il a mis une demi-heure pour se brosser les dents et que je dors déjà.
Mister B. rougit quand je crie dans son appartement "J'adore sucer ta queue" pour lui foutre la honte la prochaine fois qu'il croisera sa voisine.
Mister B. me prend en caméra cachée quand je viens de me réveiller et que j'ai la tête d'une toile de Picasso.
Mister B. croit que la main qu'il a posée sur mon sein restera discrète sur la photo.
Mister B. attend que je sois presque endormie pour me dire des mots d'amour, comme ça, je les entends pas.
Mister B. grimpe sur une chaise pour me regarder toute nue dans la cabine de douche.
Mister B. sourit quand il sait que je parle de lui.

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mardi 27 novembre 2007

Cette nuit

Cette nuit j'ai caressé votre peau. Elle était aussi douce que de la soie. Du bout de mes doigts, je l'ai effleurée et j'ai effleuré votre corps brûlant. Vous dormiez profondément, je me suis servie de vous sans scrupule. Inconscient, perdu dans vos songes, vous étiez à ma merci et à celle de mes invisibles étreintes. J'ai ondulé vers vous sous la couette avec toute la discrétion possible. J'entendais votre respiration lente et profonde dans ce silence nocturne. La paume de ma main s'est posée sur votre ventre. Elle a délicatement dessiné des arabesques, celles que ma langue invente quand nous faisons l'amour. La pulpe de chacun de mes doigts brûlait à chaque voluptueux passage qu'ils effectuaient. A travers ma main, je vous savourais sans aucune retenue. Mon index est allé se réfugier au milieu de votre poitrine. Il a entrepris une minutieuse descente jusqu'à votre pubis. A chaque centimètre parcouru, je regrettai le précédent et m'impatientai d'arriver au suivant. Durant de longues minutes, vous avez été mon sujet de plaisir. Lentement, ma peau se confondait avec la vôtre. Je retenais mon souffle. Mes quatre sens éteints, je pouvais concentrer mon plaisir à celui du toucher. Instinctivement, j'ai contracté mes doigts pour qu'ils laissent place à mes ongles. Ils ont continué les caresses sur votre ventre puis ont pris le chemin de vos flancs. J'ai refreiné plusieurs pulsions pour ne pas les planter dans votre chair. Mon instinct animal a souffert. Je suis revenue à des palpations plus douces et me suis surprise à ressentir autant de plaisir que lorsque vous êtes en moi. Derrière leurs paupières, mes yeux sont partis en arrière tant le contact de votre corps me faisait perdre pied. J'ai avalé la salive qui s'était formée dans ma bouche. Ma main a abusé de votre ventre alors que vous n'étiez conscient de rien. Durant ces exquises minutes, vous m'avez appartenu et j'ai pu librement disposer de votre corps pour le caresser. Vous avez été à moi et vous n'avez eu d'autre choix que de me laisser jouir de vous. Mon plaisir a été de vous désirer et de vous posséder, même par la pensée.

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lundi 17 septembre 2007

Proposition de scenario

Je n'écris pas que sur mon blog. Je travaille actuellement sur un scenario. Seulement j'ai un peu de mal avec la fin, car toutes les possibilités m'intéressent. Alors je vous demande de me dire ce que vous en pensez, de donner votre avis sur mes différentes idées et de m'en proposer d'autres si vous en avez. Toutes les suggestions sont bienvenues.

PERSONNAGES
ELLE, la trentaine, commence une deuxième vie car elle sort d'une longue relation douloureuse. Elle se veut libre et croque la vie comme elle se présente. Elle a une vie plutôt bien accomplie et est sûre de son amour pour LUI.
LUI, dans les mêmes âges, beau garçon libre parfois torturé, il reste indécis sur tous les aspects de sa vie. Il ne sait pas s'il est amoureux d'ELLE ou non, car il ne sait simplement pas ce qu'est l'amour.

LES RELATIONS INTER-PERSONNAGES
ELLE et LUI ont débuté leur relation dans l'optique de s'amuser tous les deux, de rester légers et de passer du bon temps. Au fil de leurs rencontres, ils se sont retrouvés amants, amis, confidents ... ELLE est tombée amoureuse alors qu'elle ne pensait pas ça possible aussi vite. LUI est flatté de cet amour, aime ELLE à sa manière.
Très complices, ils ont de nombreux points communs, tiennent très fort l'un à l'autre, partagent leurs petits bonheurs et leurs petits malheurs, ont des envies et des projets en commun.
Il n'a jamais connu de vraie histoire d'amour, n'a jamais vécu en couple et n'a jamais eu de petite amie officielle. Elle a vécu de nombreuses années avec un homme et connait les douleurs d'une vie à deux.
LUI désire très fort avoir un jour une petite amie, la voir tous les jours ou presque, la présenter à son entourage, l'aimer ouvertement. ELLE ne veut pas mettre en péril sa liberté et pourtant a envie de partager ces choses-là avec lui et de vivre tout aussi ouvertement son amour.
LUI trouve en ELLE toutes les qualités qu'il recherche chez une femme, mais n'arrive pas à imaginer qu'ELLE puisse être cette petite amie. Il la complimente, l'adore, adore passer du temps avec elle, la regarder, l'écouter, la découvrir. ELLE aime le soutenir, lui apporter de nouvelles façons de penser, entendre ses doutes et lui montrer que la vie est belle.
LUI idéalise la relation avec sa petite amie, comme si elle ne pouvait échouer. LUI y voit une relation obligatoirement la plus parfaite possible, ne veut pas se tromper et préfère ne pas vivre cette histoire plutôt que de la voir échouer. LUI ne veut pas assumer et officialiser leur relation car il considère que ce qu'ELLE symbolise est "trop". ELLE a déjà une vie bien avancée, a déjà de l'expérience avec les hommes, a déjà construit une partie de sa vie. LUI ne se voit pas assumer sa vie à ELLE alors que lui-même en est encore loin. LUI préfèrerait vivre de nouvelles expériences avant d'essayer de vivre une histoire d'amour à plein temps et avec une femme à l'expérience quasi-équivalente.
ELLE essaie de lui montrer qu'une relation assumée n'est pas synonyme de promesse et qu'ils peuvent vivre leur histoire sans obligation de résultats, que rien n'est sûr pour personne.
LUI doute chaque jour sur toute sa vie et ne veut s'engager nulle part de peur d'échouer, de peur de se tromper. ELLE trouve qu'il est bien dommage d'arrêter une relation aussi fantastique sans "véritable" raison (violences, mauvaise foi, manque de confiance, mauvaise entente ...).
Ils s'ennivrent l'un de l'autre, ils s'exaltent mutuellement. ELLE aime s'endormir dans ses bras et sentir son odeur. LUI aime la voir au réveil et caresser sa peau.

L'INTRIGUE
Malgré une sincérité indéniable l'un envers l'autre, il y a un fort décalage entre eux.
Ils ont essayé de rompre plusieurs fois et n'y arrivent pas. Ils se désirent et se veulent ardemment, ne peuvent se passer l'un de l'autre et souffrent à la fois de ne pas pouvoir donner à l'autre ce qu'ils souhaitent. Leur relation est en dents de scie et va au rythme des doutes de l'un et de l'autre. Ils se voient dès que possible, passent des nuits au téléphone, ne peuvent imaginer leur vie sans l'autre, de quelque manière que ce soit.
Un jour, ELLE décide de mettre fin à leur relation car elle souffre trop de ne pas être aimée comme elle le voudrait. ELLE lui pose un ultimatum pour qu'il rende publique leur histoire, sachant qu'il refusera. Ils restent une journée entière au téléphone à se remémorer ce qu'ils ont vécu, à énumérer ce qui les rapproche et ce qui les sépare, à parler des projets qu'ils avaient en commun, à lister ce qu'ils ne pourront pas/plus vivre tous les deux. Ils pleurent ensemble, constatent un grand gâchis, s'aiment et souffrent. Ils se revoient le lendemain et font l'amour toute la nuit.
Ils reviennent au point de départ.

QUESTIONNEMENTS
C'est ici que j'ai besoin de vous. Je pense avoir bien décrit cette relation complexe et extraordinaire entre les protagonistes, mais j'hésite entre plusieurs fins. Qu'est-ce que vous auriez envie de lire suite à ça? Est-ce que vous auriez envie de les voir se retrouver? Est-ce que vous auriez envie de les voir se séparer pour vivre leur vie chacun de leur côté? Doivent-ils continuer de cette manière? Ou avez-vous une autre idée? J'ai besoin d'avis d'hommes et de femmes.

J'attends vos commentaires.

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samedi 8 septembre 2007

A & B

A, c'est elle que je connais le moins. C'est la plus impressionnante car les résultats sont visibles en général chez celles qui la cotoient au quotidien. Elles maigrissent tant qu'elles en meurent parfois.
A m'a rendu visite de temps en temps, à des moments précis de ma vie, en particulier juste après la perte de ma fille. A quoi bon fallait-il manger, puisque j'avais euthanasié Perrine ? Manger, c'était me contenter, me satisfaire, me récompenser. Le plaisir de la nourriture, je me l'interdisais. Je me disais "toi aussi tu vas mourir comme ça, tu ne mérites que ça".
Mais ce n'est pas un sentiment que j'ai beaucoup connu. Quel dommage pour ma silhouette !

B, je la connais très bien. Je n'ai pas été dans l'extrême à me faire vomir, même si j'ai essayé plusieurs fois. Mais j'ai déjà pris des laxatifs pour essayer d'évacuer tout ce que j'avais pu engloutir. En pleine crise, la bouffe n'a aucun goût, elle est là juste pour me rempir. Mon ventre plein, je peux m'allonger et je me sens apaisée, juste le temps de la digestion. La sensation de faim n'existe pas étant donné que je bouffe sans cesse sans besoin physique. B, c'est une copine que je cotoie encore, comme aujourd'hui. La solitude, le sentiment d'aimer sans retour, la peur de l'avenir proche ou lointain, la sensation d'être une mauvaise mère, le besoin de me confier sans personne pour écouter ... ces sentiments, qu'ils soient justes ou non, me font me jeter dans le frigo pour une petite heure de séance B. Crise de larmes et de culpabilité suivent mais tout va bien.

Tout va bien.

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mercredi 8 août 2007

Lui

Quand je te regarde, mon coeur palpite très fort, je sens une poussée d'amour au fond de moi. Quand je te regarde mon petit ange, je ressens tout ce qu'une mère peut ressentir d'amour pour un si petit être comme toi. L'amour, le vrai, l'inconditionnel, l'absolu, il est celui que je ressens quand je te regarde, quand je t'embrasse, quand je te tiens dans mes bras, quand tu me regardes à ton tour, quand tu prends ma main pour l'embrasser ou que tu me dis "je t'aime Maman".

Avant que tu n'arrives sur Terre, j'imaginais l'amour que je pourrai te porter, mais ce n'était qu'une esquisse de la réalité. Personne ne peut savoir avant d'avoir son enfant dans les bras. Les papillons dans le ventre, l'harmonie intérieure, l'absolu bonheur, le coton dans les jambes, les frissons, la buée dans les yeux, la gorge serrée pour ne pas crier mon amour, l'infinie tendresse, la béatitude, l'euphorie... c'est toi qui me donne tout ça, toi petit gars haut comme trois pommes, qui ne sait pas encore bien tenir son couteau ou faire ses lacets.

Quand tu marches devant moi ou que tu joues innocemment, je regarde le détail de ton petit corps. Tu as des jambes fines et de petites fesses à croquer, tu as de grandes mains, tu as un dos recouvert d'un duvet blond, tu as des bras que je peux entourer avec deux doigts, tu as un cou que j'adore chatouiller, tu as des cheveux blonds foncés et des yeux marrons qui commencent à devenir verts, tu as un petit grain de beauté sur la joue, tu as une cicatrice de varicelle tout en bas du ventre, tes pieds sont les miens en miniature, tu as des dents toutes blanches, un sourir de coquin, une petite bouche rose, le menton pointu de ton Papa, des joues charnues que j'adore embrasser, tu as une voix grave. Tu es merveilleusement beau, mon petit homme.

Mon petit coeur, je vois dans tes yeux toute la beauté de la vie et la beauté de l'avenir. Tu portes sur tes toutes petites épaules la vie, tout ce que tu vas construire pour toi, tout ce que tu vas créer et imaginer pour vivre pleinement et librement. C'est ce que je veux t'enseigner, petit chat, que le bonheur, c'est toi qui le créés, que tu peux vivre n'importe quoi à partir du moment où tu le décideras. Les paramètres extérieurs peuvent être douloureux, mais je veux te faire comprendre comme la vie peut être simple parfois, comme tu peux naturellement décider pour toi. Je t'ai mis au monde parce que je t'aimais même avant que tu ne pousses dans mon ventre. Je t'ai désiré très très fort, je t'ai voulu dans mes bras et je t'ai imaginé des centaines de fois. Je t'ai mis au monde pour des raisons égoïstes, parce que je savais que j'avais trop d'amour en moi et que seul un enfant pouvait tout recevoir sans aucune condition.
Maintenant que tu es là, c'est moi qui vais te porter, c'est moi qui vais t'aider à marcher, c'est moi qui vais t'aider à apprendre de la vie, qui vais t'aider à te relever ou te laisser souffrir quand ce sera nécessaire. C'est moi qui vais te tenir la main et qui vais te guider quand tu en auras besoin. Je te veux libre. Je ne t'ai pas mis au monde pour que tu te sentes redevable de moi, je t'ai mis au monde pour que tu sois heureux. Je t'ai mis au monde pour t'aimer et pour que tu sois un homme un jour. Je te guiderai le mieux possible pour que tu voles de tes propres ailes ensuite.

En fait, ce n'est pas moi qui te rends heureux, c'est toi qui me rends heureuse. Tu es le bonheur incarné, tu es l'être de ma vie pour qui je suis capable de tout et pour qui je ferais tout. Toi, petite crevette minuscule qui a poussé au fond de moi, qui faisait des pirouettes quand j'essayais de dormir et qui faisait apparaître des petites bosses sur mon ventre, tu es l'incroyable miracle de ma vie, tu es le merveilleux fruit de la Nature, tu es l'amour parfait.

Tous ces mots peuvent émouvoir ceux qui les liront, mais ils ne sont rien face à l'amour que je te porte, qui est juste indescriptible.

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dimanche 15 juillet 2007

Goût amer

Goût de sucre et goût de sel
Goût de fruit et goût de miel
Goût de solitude et d'abandon
Goût de rêve et de déception
Goût de tendresse et de douceur
Goût d'amour et de douleur
Goût de tes lèvres et goût de joie
Goût de larmes et goût de toi
Goût de ta peau et de ta chair
Tu me laisses un goût amer

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lundi 25 juin 2007

Ôde à Tikka

Nous nous sommes rencontrées au lycée et nous sommes rapprochées en Terminale alors qu'elle avait de grandes envies de Viet-Namien et moi d'Anglais. Nous sortions chacune avec des gars plus âgées que nous. Nous avons comme point commun d'être nées toutes les deux un 14 et la même année. C'est mon ainée d'un mois tout pile.

Elle est grande (1.72m), elle est mince, elle a des formes là où il faut (Humm Tikka, tu sais que j'aime tes seins!), elle est Eurasienne (J'en connais plus d'un qui en frétille !!!), elle a de jolis yeux noisette en amande et une vraie prestance qui tue.

Non seulement c'est une vraie bombe (Oh oh ma chérie, je sais que tu rougis), mais elle est aussi très intelligente. Elle a eu son bac avec Mention, elle parle 5 langues en plus du français (officiellement), elle déchire tout en programmation informatique, elle joue de la guitare, elle dessine super bien, elle tircote (Rigolez pas, ça sert en hiver !!!) et elle a bien d'autres talents que la pudeur m'oblige à taire ^^. Elle est tout simplement brillante.

Des défauts? Vous rigolez ou quoi!!! Elle est parfaite ma p'tite puce, et je suis pas prète de vous la préter. Na!

Un bisou de Tikka

copines2

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lundi 18 juin 2007

Dying in the sun

Douce Laurence, chaque 18 juin, je pense à toi et à la façon dont tu nous as quittés. J'ai longtemps culpabilisé de ne pas avoir été avec toi, de ne pas avoir pu te tenir la main quand ton corps a dit stop. Tu avais 18 ans, tu passais ton baccalauréat, tu étais folle amoureuse de mon cousin et tout le monde t'adorait.

Douce Laurence, tu resteras dans mon cœur comme mon amie d'enfance, celle avec j'ai partagé des centaines d'heures de jeux quand nous étions gamines. Nous jouions aux Petits Poneys dans ta salle à manger, nous écoutions "She's an easy lover" en boucle sur ton mange-disque, nous nous baladions en vélo dans les rues du village, nous passions notre temps dans le lavoir à jouer avec les têtards et les algues dégoutantes, nous faisions de la balançoire en chantant, nous parlions de ce que nous serions une fois adultes, nous mangions des glaces en douce dans ton garage.
Que dire lorsqu'on perd une amie, une personne qui fait partie de la famille, comme ça, si jeune, si brutalement? Tu nous manques et tu nous manqueras encore. Tu es morte seule, innocemment, au bord d'une route, sous le soleil, face à la vie. Personne n'était là pour t'aider à partir, pour te dire "je t'aime" avant de nous quitter.

Douce Laurence, je t'ai vu sur ton lit le lendemain, dans ta belle robe fleurie, tu semblais apaisée, sereine. J'ai touché ton bras et t'ai dit intérieurement à quel point tu avais pu être importante pour moi. Je n'ai pas pleuré devant toi parce que j'étais heureuse de te voir comme ça une dernière fois.

Douce Laurence, ça fait 9 ans que tu es partie et que tu as laissé ta mère désespérément morte intérieurement. Elle m'a dit un jour qu'elle ne pourrait jamais faire le deuil de toi, et je sais trop bien ce que c'est que d'aimer un enfant à travers la mort.

Douce Laurence, où que tu sois, nous t'aimons encore et encore.

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vendredi 8 juin 2007

Perrine, ma fille à tout jamais

Vendredi 16 Avril 2004

Nous avions mis le réveil vers 6h30. Je devais arriver à jeun, alors à part prendre une douche, je n'avais pas grand-chose à faire. M. s'est préparé en même temps que moi et il a écrit un mot pour Perrine qu'il a glissé dans la même enveloppe que le mien. Nous avons fermé la porte de la maison, sommes descendus, avons refermé les portières de la voiture après nous être installés et avons roulé. Nous sommes partis sans trop savoir ce qui allait se passer, sans savoir que la journée que nous allions vivre allait nous bouleverser au plus profond de nous.

Il y avait la radio allumée dans la voiture, sur Skyrock, la radio rap nationale. Il y avait une nouvelle chanson de Kool Shen, l'un des membres de NTM. Je n'ai pas trop écouté la chanson, mais je sais qu'elle parlait d'un ange, et que ça a beaucoup touché mon mari. Pour lui, cette chanson lui rappellera toujours cette journée tragique.

Nous sommes arrivés à l'heure et sommes allés directement dans le service G.H.R. Il n'y avait personne à l'accueil, une infirmière semblait occupée et vu l'heure, il n'y avait pas grand monde dans l'hôpital. Nous ne savions pas quoi faire. J'avais le classeur de toute ma grossesse sous le bras et mon mari portait mon sac de voyage. Nous avons un peu cherché et au moment où nous souhaitions rentrer dans une salle, l'infirmière nous a demandé ce que nous recherchions. "Je suis Madame C. et j'ai rendez-vous ce matin pour une IMG." Elle avait tout de suite compris et m'a prise en charge. Elle nous a emmenés vers ma chambre. Il y faisait froid car le ménage venait d'être fait et la fenêtre, qui donnait sur un balcon, était ouverte. Elle nous dit qu'elle revient, qu'on peut s'installer, qu'elle va devoir remplir un dossier et me donner une blouse que je devrai porter pour la journée.

L'infirmière revient, et me pose quelques questions sur mon état civil. Elle me donne une blouse blanche avec quelques motifs roses et s'en va pour me laisser me préparer. Là, je me suis demandée dans quel sens je devais porter cette blouse. M. sort alors pour le lui demander : ouverture par l'arrière … et oui, ça se porte toujours comme ça, je ne sais pas pourquoi j'ai hésité. L'infirmière revient et me donne des sur-chaussures. Je suis emmenée dans la salle de naissance. Quel terme difficile quand on sait qu'on va accoucher mais ne pas donner la vie. On me laisse dans la salle, heureusement, il ne fait pas froid. Je regarde un peu les éléments qui m'entourent et je me demande si c'est dans cette salle que je donnerai naissance à ma poupette. Une horloge donne l'heure au dessus de la porte d'entrée. J'attends toujours.

Une jeune femme arrive et nous indique qu'elle s'appelle Aurélie, qu'elle est sage-femme et que c'est elle qui s'occupera de moi toute la journée. Je ne savais pas encore à quel point cette femme allait compter dans ma vie, après seulement quelques heures passées ensemble. Elle me pose une perfusion. Elle la pose bien, elle n'est pas maladroite et le fait d'un seul coup. Puis elle nous demande si nous avions signé les papiers pour le protocole de recherche sur le trisomie 21. On lui dit que oui et elle nous fait alors à chacun, une prise de sang. Il était l'heure pour moi de me faire poser la péridurale. M. ne souhaitait pas y assister, et je le comprends. Cela doit être assez impressionnant. Alors lui décide d'aller à l'accueil pour avoir une télécommande pour la télé, payer ses repas et attendre qu'on vienne le chercher pour la suite. L'anesthésiste de garde arrive. C'est un homme et ce n'est pas celle que j'ai rencontrée 2 jours plus tôt. Il m'explique un peu ce qu'il va faire. Assistée d'Aurélie, il prépare le nécessaire pour la pose de la péridurale.

J'avais eu une rachianesthésie pour ma césarienne, donc ça y ressemble un peu, mais j'avais un peu peur de la péridurale, sans trop savoir pourquoi. Je m'assois sur le bord du lit, Aurélie en face de moi pour me soutenir. Je courbe le dos et l'anesthésiste fait quelques repères avec ses doigts. Il nettoie mon dos, étale de la Bétadine pour désinfecter. Je dois garder le dos bien rond et les bras devant pour éviter toute contamination. Il me fait une première piqûre pour endormir la zone. Je sens une petite chaleur. On attend un tout petit peu et là vient le véritable moment de la pose. Je courbe encore plus le dos et je sers les poings … sur les mains d'Aurélie. Je sens qu'il me pique, ça ne me fait rien dans la toute première seconde et l'instant d'après, je sens une décharge électrique désagréable dans la colonne vertébrale. Je sursaute légèrement et je suis rappelée gentiment à l'ordre par Aurélie. Je ne dois pas bouger. Alors je reste statique et je sens que l'anesthésiste travaille. Il me dit qu'il pose le cathéter, qu'il met en place la pompe … Il m'informe alors que la prise de sang qui m'avait été faite 2 jours avant, indique un taux de fer trop bas, et que je fais de l'anémie. Ca ne m'étonne pas car tout le monde me trouve pâle et je suis fatiguée depuis le début de la grossesse et en particulier depuis quelques jours.

Je tremble terriblement, je ne sais pas trop ce qui m'arrive. Je crois que c'est la peur car je n'ai pas froid. L'anesthésiste demande donc à Aurélie de mettre un produit dans ma perfusion. Il m'explique que c'est un produit pour éviter les malaises. Mon rythme cardiaque va s'accélérer et j'aurai la bouche très sèche. J'entends et je sens mon cœur battre plus vite, ça fait effet en très peu de temps. Aurélie m'aide à m'allonger. Je lui demande s'il est possible que mon mari me rejoigne et elle me dit qu'elle fait le nécessaire. Cinq minutes plus tard, M. arrive. Ca me fait plaisir de le voir. On parle un peu de ce qu'il s'est passé durant la dernière heure pour chacun de nous. Il regarde les instruments qui l'entourent et ça ne le rassure pas. J'essaie de rester calme car je sais qu'il n'aime pas cet environnement. Il tombe sur de très longues aiguilles et me dit qu'il ne sait pas à quoi ça sert. Je lui dit que c'est peut-être ça qui permet de rompre la poche des eaux. Selon lui, ce n'est pas ça … bref, nous avions une discussion banale, pour essayer de nous détendre. Il me fait rire, on plaisante un peu. Je rigole sur le moment mais je sais que je ne rigolerai plus après. Ma bouche commence à s'assécher terriblement. J'essaie d'avaler ma salive mais il n'y a rien à avaler. Ma langue est râpeuse et ma bouche et toute sèche. C'est difficile car j'ai l'impression de ne plus avoir une bouche vivante. Heureusement, je peux boire à ma guise et l'eau m'aide beaucoup.

Aurélie revient et me dit qu'elle va me poser dans le fond du vagin, 2 comprimés de je ne sais quoi, qui va déclencher le travail. M. reste avec nous dans la salle, et Aurélie s'exécute, très douce, comme elle l'a toujours été. Elle revient quelques temps plus tard pour voir si les comprimés sont toujours en place. Oui, ils y sont, le travail va bientôt commencer.

On vient me dire que je peux retourner dans ma chambre et que surtout, il ne faut pas que j'hésite à appeler si je sens quoi que ce soit. La première infirmière que nous avons rencontrée vient alors me chercher en fauteuil roulant avec des collègues. Chaque personne m'aide à descendre car même si je pouvais soulever les jambes, je ne pouvais pas tenir seule dessus. On m'installe sur le fauteuil, on m'entoure d'un linge pour me réchauffer et on m'emmène dans la chambre. Le fauteuil n'est pas facile à faire rouler. Ma chambre est prête, je vais y patienter. On m'aide à m'installer sur le lit et je m'allonge. J'avais les fils de la perfusion et de la pompe à anesthésie autour de moi. Mais ça ne me faisait pas mal et vu que j'avais la main droite libre, je me sentais plus rassurée, pas comme pour ma césarienne, mais c'est une autre histoire. Je pouvais bouger à ma guise sur le lit.

M. allume la télé et je décide de m'assoupir un peu, en attendant le repas qui ne doit pas tarder. Normalement, je ne devrai pas manger, mais Aurélie m'a dit que je pouvais prendre un repas léger. M. essaie de passer le temps en regardant la télé. Elle me semblait bien haute et j'avais mal aux yeux malgré mes lunettes. Je m'allonge et ferme les yeux, j'essaie de me reposer. Je ne sens aucune contraction, et pourtant, elles doivent bien être présentes. A partir du moment où la péridurale m'a été posée, je n'ai plus du tout senti ma fille bouger … je ne sais donc pas à quel moment son petit cœur s'est arrêté.

Le repas arrive enfin. Je suis surprise car pour un repas léger, je le trouve très copieux. M. et moi nous installons confortablement et commençons à déjeuner en regardant distraitement la télévision. Il y avait une émission de divertissement … ça nous a fait passer le temps. Le repas terminé, je décide de m'allonger de nouveau pour attendre. Nous continuons néanmoins à regarder les programmes. Je prends le Voici que M. m'avait acheté le matin et lis quelques potins. Ca me détend.

Vers 12h45 environ, mes contractions se font ressentir. Alors j'appuie sur la pompe pour remettre une dose d'anesthésie. Elles sont désagréables mais pour la douleur, j'ai connu pire. On continue à regarder le programme de Canal +, et malgré les minutes qui passent, je sens toujours mes contractions, comme si le produit ne faisait pas trop effet. J'en parle à M. qui me dit d'appeler la sage-femme. Mais je dis qu'il faut quand même un peu attendre, que je ne veux pas la déranger. Vers 13h30, je sens toujours mes contractions malgré un autre appui sur la pompe quelques minutes plus tôt. D'un coup, je sens que j'ai envie de pousser. Là, je me décide à appuyer sur le bouton. La sage-femme appelle à l'interphone et me demande ce qu'il se passe. "Je sens des contractions alors que j'ai appuyé plusieurs fois sur la pompe." A peine avais-je dit le mot "contractions" qu'elle avait raccroché et elle est arrivée tout de suite. Je lui explique : les contractions de plus en plus fortes depuis bientôt une heure et une envie comme pour aller aux toilettes. Elle me dit qu'elle va m'ausculter, ce qu'elle fait. C'est la poche des eaux qui commence à sortir. "On va y aller." Par cette phrase, j'avais compris "vous allez accoucher". Ce n'était pas pour tout de suite, mais c'était bien parti.

Je regarde M. un peu paniquée et lui dis que j'aurai peut-être mieux fait de ne pas manger autant pour le déjeuner. On vient donc me chercher en fauteuil et on m'emmène en salle de naissance. Mais ce n'est pas la salle dans laquelle j'étais le matin. Dans celle-ci, il y avait une poster géant sur le mur en face du lit obstétrical. Il représentait une plage avec cocotier, ciel bleu et mer de Caraïbes. A vrai dire, il n'était pas très beau, mais bon, je n'avais pas le choix.

La sage-femme indique à Aurélie qu'elle a senti la poche des eaux mais peut-être que le col n'était pas encore tout à fait ouvert. Aurélie appelle l'infirmière anesthésiste pour me redonner une dose. A partir du moment où la poche des eaux est rompue, les contractions deviennent plus fortes, alors il vaut mieux prévenir que guérir. L'infirmière en question prend un peu de temps pour venir et me réinjecte le nécessaire. Aurélie attend patiemment à côté de nous, que je lui dise que je ne sens plus les contractions. Mais décidément, elles se font bien sentir. Durant un bon laps de temps, je les sens encore ne peux donc pas lui dire de rompre la poche des eaux. Enfin je sens que les contractions sont plus douces. Alors j'indique à Aurélie qu'elle peut y aller. Elle m'ausculte et utilise alors une sorte d'aiguille à tricoter pour percer la poche des eaux. Je sens tout ce qu'elle fait mais sans aucune douleur. Ca ne fait pas mal en dépit de l'appréhension. Elle perce alors la poche et le liquide amniotique coule. Je lui ai demandé quelques minutes plus tôt si elle croyait que le cœur de ma fille était déjà arrêté. Elle me dit que oui, très probablement. J'avais alors compris que ma petite puce ne serait jamais dans mes bras comme un autre bébé. Elle était morte et je n'avais plus qu'à subir malgré la gentillesse et le réconfort ambiants. Aurélie part alors et me dit de l'appeler dès que je sens quoique ce soit. Le liquide peut encore couler donc que je ne m'inquiète pas sur ce point. Elle nous quitte et nous voilà tous les deux dans la salle, pour la dernière phase avant l'arrivée de Perrine.

Les minutes passent, je ne sens plus aucune contraction. Je reste attentive à mes sensations mais me dis qu'il vaut mieux se relaxer. Si je reste trop attentive, je risque de l'appeler toutes les 5 minutes pour rien. Je ferme les yeux et m'endors légèrement. M. est mal installé dans sa chaise. Il doit avoir mal au dos mais ne se plaint pas. Je lui redis que s'il veut aller prendre l'air, il vaut mieux y aller. Je lui dis encore qu'il ne doit pas se sentir obligé de rester, que c'est déjà traumatisant pour l'un, qu'il ne sert à rien que l'autre souffre autant. Mais non, il veut rester, il veut assumer, m'accompagner et accompagner notre petite fille jusqu'au bout.

Il est 15h30 environ. Je sens des choses bizarres dans mon ventre, qui ne ressemblent ni à une envie de poussée, ni à des contractions. Après quelques minutes d'hésitations, j'appelle Aurélie. Elle arrive immédiatement et je lui dis " Je ne sais pas si c'est ça mais je sens des choses bizarres …". Et tout d'un coup, je sens que j'ai envie de pousser alors qu'Aurélie est dans l'entrebâillement de la porte et que rien n'est prêt. "Ca y est, j'ai envie de pousser" lui dis-je sur un ton paniqué.Elle appelle l'aide-soignante qui nous avait été présentée quand nous étions arrivés, et une autre sage-femme. Je panique, car je sens qu'elle sort, qu'elle arrive, et je ne suis toujours pas en position pour accoucher. Je sens que ma fille arrive, mais elle ne sera pas vivante, elle ne sera pas à la maison avec nous quelques jours après.

Aurélie a à peine le temps d'installer les étriers et d'y mettre mes jambes que Perrine est en train de sortir. Je n'arrête pas de répéter "elle sort, elle sort, elle sort" … Aurélie garde son calme. Je ne vois pas trop ce qu'il se passe devant moi car elle a laissé un drap recouvrir le haut de mes jambes et je ne vois donc pas ce qu'elles préparent. M., dès qu'il m'a entendu dire que je la sentais, s'est levé, m'a pris la main et est resté à côté de moi.

"Si vous voulez, vous pouvez pousser" me dit Aurélie. Alors je pousse. Mais je sens que ce n'est pas ce qui va aider ma fille à sortir, car je le fais sans force, sans trop ressentir ce qu'il se passe. Je sens Perrine passer et sortir, et j'entends comme une flaque d'eau qui sort de moi. Je sens le cordon toujours relié de mon ventre à ma fille et j'entends l'une d'elles le couper. Je vois la sage-femme qui assiste Aurélie partir avec un linge et je sais alors qu'il y a ma fille dedans. Ma fille n'est plus en moi et elle est morte.

Aurélie et l'aide-soignante s'affairent pour nettoyer, enlever ce qui sort et moi, je regarde M. et je me mets à pleurer, comprenant que c'est terminé, que ma fille n'est plus. M. pleure aussi, nous sommes totalement impuissants. Aurélie et la sage-femme attendent alors que mon placenta sorte, et vérifier que tout est OK. Je pleure et je me dis que c'est terminé, fini. J'ai mis ma fille au monde, sans vie, et c'est moi qui l'ai choisi. Je demande à Aurélie si elle a vu ma fille et si elle avait des malformations au niveau du visage. Elle me dit alors qu'elle n'avait rien vu de particulier. Je me dis que je pourrai alors la regarder sans craindre d'être choquée.

Mon placenta sort, je le sens, et ça me dégoûte. Je trouve ça désagréable, c'est comme si des dizaines de petits morceaux sortaient de mon ventre, jusqu'au dernier, qui est aussi gros que ma fille. Aurélie et l'aide-soignante s'en vont pour vérifier que mon placenta est entier.

Très peu de temps après, la porte s'ouvre. C'est Aurélie, qui tient dans ses bras un petit plateau. Au premier regard, je me suis dit qu'il s'agissait peut-être d'un plateau avec des produits pour les soins ou pour me nettoyer. Mais elle me dit "Vous êtes sûre de vouloir la voir ?".Je comprends alors que dans ce tout petit plateau, il y a ma fille. Je lui réponds que oui, je suis sûre de vouloir la voir mais je me tourne vers M. pour être certaine que lui aussi est prêt à la voir et il me le confirme. Mes larmes commencent à couler et Aurélie s'approche avec un tout petit truc. "Elle est très belle." me dit-elle. Et mon regard tombe sur ma petite chérie.

Les premiers mots que j'ai dit, c'est "elle est toute petite". Elle est minuscule. Je porte le petit plateau avec mon bras gauche, M. se tient debout et nous regardons tous les deux notre toute petite chérie. Aurélie et l'aide-soignante s'en vont et je pleure, je pleure, je pleure. M. et moi la regardons et n'arrivons pas à nous calmer et à stopper nos larmes. Je mets le plateau sur mon ventre et je peux la regarder en face. Je n'arrive pas à croire à ce que je vis et pourtant, je suis dans un autre monde. Je pleure et lui parle, je la regarde et lui dis que je l'aime. M. lui dit aussi tout ça, lui dit qu'il l'aime, qu'on ne l'oubliera pas.

" Pardonne-nous ma chérie, pardonne-nous. Je t'aime, je t'aime tellement ma puce. Tu es belle, tu es toute mignonne, tu es magnifique. Tu es si petite. Nous ne t'oublierons jamais, tu vas nous manquer. Je t'aime, je t'aime ma chérie."

Durant des minutes entières, nous lui disons ces paroles, nous voulons lui crier notre amour mais nous savons qu'elle ne nous entend pas et qu'elle ne nous verra jamais.

Dans son petit plateau, Perrine ressemble à une poupée Barbie. Je m'attendais à ce qu'elle soit petite, mais je pensais qu'elle aurait été un peu plus épaisse. Elle était toute fine. Sa peau était rouge foncée. Elle était allongée sur un petit linge blanc. Ce petit linge recouvrait le bas de son tout petit corps. La sage-femme qui l'avait emmenée lui avait confectionné un petit bonnet blanc et un petit cache-cœur. Sa tête était légèrement tournée vers ma gauche, c'est-à-dire vers son père. Ses yeux étaient complètement fermés, sa bouche était toute mince et fermée aussi, comme si elle dormait. Mais elle était trop petite et je savais qu'elle ne dormait pas. J'avais envie de la toucher, de l'embrasser, de la caresser, mais je ne pouvais pas, elle était tellement petite ! J'aurai eu peur de lui faire du mal, de la casser ou de la blesser. J'ai voulu voir comment le reste de son minuscule corps était. J'ai ouvert le linge et j'ai découvert qu'elle était toute nue en dessous. Ses jambes étaient légèrement ouvertes et j'ai vu son tout petit sexe. J'ai dit "C'était bien une fille". Nous n'arrêtions pas de pleurer. Elle était si belle. Elle ne ressemblait pas à un enfant trisomique. Je regardais l'arrondi de sa tête, ses petites oreilles qui n'étaient pas terminées, ses petits yeux fermés, sa bouche pincée, ses petits bras et ses petites jambes. Comment allais-je revivre après ça ?

Je n'avais pas envie de la quitter, j'avais envie qu'elle reste avec moi toujours, de l'emmener à la maison et de la serrer contre moi. Mais je ne pouvais pas. Et je savais que si je ne la quittais pas vite, ça me ferait encore plus de mal, que j'aurai encore plus de mal à me défaire d'elle. Aurélie est arrivée et je lui ai redonné Perrine. Elle me dit que je pouvais toujours demander à la voir. Je savais que je ne la reverrai plus parce que j'aurai trop souffert. Ca m'aurait fait du bien de la voir et de lui dire encore combien je peux l'aimer, mais je sais que ça m'aurait encore plus attaché à elle et que j'aurai eu trop de difficultés à partir et à la laisser.

Quand Perrine est sortie, je me suis sentie complètement vide. Vide physiquement, et vide psychologiquement. Elle ne faisait déjà plus partie de ma vie et pourtant, je l'aimais et je l'aimerai toujours. Elle me manquera toute ma vie. Je penserai à elle comme à ma fille, ma première fille, ma petite chérie dont la vie m'était pourtant tellement précieuse.

Aurélie est revenue après nous avoir laissés quelques minutes pour que nous puissions encore pleurer. Elle m'a nettoyée et l'autre sage-femme est revenue pour me mettre une protection et un slip jetable. Je ne sais pas trop comment j'ai tenu durant les heures qui sont passées. On devait me garder en observation pendant au moins 2 heures pour voir si tout allait bien, si je ne faisais pas de malaise. Cette attente était très longue. J'avais envie de retourner dans ma chambre pour pleurer et pleurer encore. M. est resté avec moi tout le temps, m'a soutenue, pleurait avec moi, me prenait dans ses bras. Il est ensuite allé chercher le petit mot que nous avions écrit à notre chérie pour l'accompagner. Il l'a donné à l'équipe pour qu'elle le laisse avec elle.

Près de deux heures et demi plus tard, Aurélie est revenue. Elle était occupée auparavant et n'avait pas pu venir avant. Elle devait certainement s'occuper d'une autre maman, mais une maman avec un bébé vivant. Je savais que j'étais la seule IMG de la journée. Ma fille était dans la pièce juste à côté. Je me sentais irrésistiblement attirée physiquement par cette salle, je l'imaginais, j'imaginais ma fille, seule, dans son plateau, dans le noir et moi, qui l'abandonnais encore, qui la laissais. J'avais envie de me lever et d'y aller.

Aurélie a pris ma tension, qui était bonne. Elle m'a alors enlevé la péridurale et la perfusion. Je sentais des contractions mais peu douloureuses. Mon utérus se rétractait. On est venu m'aider à descendre du lit pour m'emmener dans ma chambre. M. était là, encore et toujours … heureusement ! Mes yeux étaient plein de larmes, mais encore une fois, je ne voulais pas faire de peine aux autres mamans, qui elles, vivaient un grand bonheur. Je n'avais pas le droit de montrer que je n'allais pas bien alors qu'elles avaient tellement de choses à vivre.

Aurélie était assise au bureau et j'avais envie de la serrer dans mes bras. J'avais envie de la remercier et de lui dire combien j'avais apprécié sa gentillesse, sa douceur. Elle avait tenu ma fille, elle l'avait vue venir et quand je pense à elle, encore aujourd'hui, je me sens extrêmement proche d'elle, alors que je ne sais rien de sa vie. Elle devait avoir mon âge et encore, peut-être un peu plus jeune. Elle n'avait sûrement pas énormément d'expériences, mais elle a mis au monde ma fille, dans des conditions difficiles psychologiquement. Elle m'a toujours demandé ma permission pour m'ausculter, elle m'a toujours tenu la main, elle m'a toujours dit des paroles gentilles et rassurantes. Je sentais qu'elle ne voulait surtout pas me blesser. Bien sûr, je ne suis pas la première et la dernière des mamans sans enfant qu'elle rencontrera, mais je ne sais pas pourquoi, je sens que je suis liée à elle pour toujours. Je suis attirée par elle mais je sais que si elle devait faire partie de mon entourage, j'en souffrirai trop.

Quand on m'emmenait dans ma chambre, je l'ai suivie du regard. Elle me regardait aussi et ses yeux semblaient me dire "je suis désolée". Et moi, je voulais la remercier. Je n'avais pas envie de la quitter, mais je savais que ce n'était pas sa vie à elle et qu'elle ne devait pas subir ma peine encore plus. Elle était femme et je sais que ça la touchait au fond d'elle aussi. Elle a respecté ma dignité, celle de mon mari et surtout celle de ma fille.

Nous sommes sortis du service des naissances et j'ai senti de l'air. La salle dans laquelle nous étions n'avait pas de fenêtre et il y faisait très chaud. Ce vent m'a fait du bien. On m'emmenait dans ma chambre, et tout le personnel rencontré me regardait avec compassion et j'ai eu des paroles gentilles de gens que je n'avais jamais vu. Tout le monde savait que je venais d'accoucher d'un enfant sans vie. J'ai retrouvé ma chambre et en me levant, l'infirmière m'a aidée à aller aux toilettes. J'avais un peu peur de faire pipi, mais il fallait bien que je le fasse car je n'avais pas été aux toilettes de la journée. Il était environ 18h45 quand j'ai retrouvé ma chambre. Sur les toilettes, j'ai pissé non stop pendant au moins une minute trente. Il faut compter pour voir que c'est long. J'avais l'impression que ça n'allait jamais s'arrêter. J'avais du sang aussi qui partait, et ça, c'était vraiment désagréable.

Je pouvais marcher et j'en profitais. Je me souvenais des suites de ma césarienne et des jours où je suis restée cloîtrée dans ma chambre, allongée, parce que je ne pouvais pas bouger et que je souffrais. M. est sorti sur le balcon pour appeler sa mère et la mienne. Quand il avait la mienne au téléphone, j'étais contre lui, et je pleurais. Je me sentais incapable de parler à quiconque. Je pleurais et c'était tout ce dont j'étais capable.

Nous avons essayé de nous relaxer, mais je pensais sans cesse à Perrine. Je ne pouvais m'empêcher de pleurer, et de sentir le vide en moi et dans ma vie. Elle me manquait terriblement, je me sentais démunie. Vide … c'est le mot … vide !

Le dîner est arrivé. Nous avons mangé. M. a fait son lit par terre. Nous avons un peu regardé la télé. Nous nous sommes endormis.

Le visage de Perrine me sautait aux yeux sans cesse. Je repensais encore à ses petits yeux et à sa petite bouche. Elle était totalement innocente et je sentais déjà en moi le poids de toute la culpabilité. Comment allais-je faire pour vivre avec ça, pour vivre avec sa mort, vivre avec la décision terrible que j'avais prise. J'ai dormi, pas trop mal. Je me suis réveillée plusieurs fois mais je me suis vite rendormie.

Le lendemain, nous avons été réveillés par le petit déjeuner. A peine levée, je pleurais déjà, sentant encore et encore le manque de ma fille.

Texte écrit en avril 2004

Posté par resolutewoman à 21:38 - Mes écrits - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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